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La solution ultime pour les déchets très radioactifs à vie longue ?

Nos lointains descendants disposeront peut être de fusées assez sûres pour expédier dans l’espace intersidéral nos déchets les plus radioactifs sans le moindre risque de retombée au sol. En attendant cette époque, la communauté scientifique et technique internationale considère le stockage géologique comme la solution la mieux adaptée pour gérer des déchets radioactifs sur les temps longs. Les efforts déployés par les ingénieurs pour garantir aux déchets très radioactifs stockés dans les profondeurs de la terre le repos éternel rappellent la recherche d’éternité des anciens égyptiens pour garantir l’inviolabilité des tombeaux de leurs pharaons.

Il existe déjà aux USA, un stockage géologique de déchets radioactifs d’origine militaire : c’est le WIPP (Waste Pilot Plant) ouvert en 1999. En France, CIGEO (Centre industriel de stockage géologique) est le projet de stockage profond pour les déchets les plus radioactifs : les déchets de haute activité (HA) et de moyenne activité à vie longue (MAVL). La Suède et la Finlande construisent un centre de stockage comparable à Cigéo dans du granite. Cette roche est également étudiée au Canada, en Suisse, en Corée et au Japon. Les formations argileuses comme en France font l’objet d’études et de recherches en Belgique, en Suisse et au Japon.

Rappelons qu’en France, les déchets de très faible activité (TFA) et les déchets de faible et moyenne activité à vie courte (FMAVC) qui constituent 90 % du volume de l’ensemble, ont trouvé une solution définitive de stockage en surface. Les déchets de faible activité à vie longue (FAVL) devraient trouver aussi une solution. Restent les déchets ultimes de l’industrie nucléaire, ceux de Haute Activité et de Moyenne activité à vie longue, les plus actifs, qui durent longtemps, mais à très faible volume. La solution proposée est celle d’un stockage à grande profondeur.

La barrière de la couche géologique profonde s’ajoute aux deux barrières constituées par le colis dans lequel est confinée la radioactivité, puis l’ouvrage dans lequel est placé le colis, pour s’opposer à la migration des atomes radioactifs. Il existe un consensus au niveau mondial sur la nécessité d’avoir un jour recourir à des tels stockages. Dans quels types de sols ce stockage est-il envisageable ? Comment assurer l’absence de remontée de la radioactivité sur des périodes très longues ?

Principe d’un stockage profond
Exemple d’implantation d’un site de stockage profond. Les déchets de haute activité qui dégagent de la chaleur nécessitent un espacement des colis alors que les déchets de moyenne activité (MAVL) n’en dégagent pas. Leur implantation est différente.
© ANDRA/CIGEO

ll s’agit de faire jouer à une couche souterraine de roches le rôle sinon de coffre-fort du moins de ralentisseur vis-à-vis de ces déchets, que ce soit des assemblages de combustibles usés ou des conteneurs de déchets vitrifiés. A la suite des recherches effectuées au laboratoire souterrain de Bure, la France a opté pour une couche argileuse profonde du Bassin Parisen, vieille de 160 millions d’années et épaisse de 150 m. C’est le projet du centre de stockage CIGEO à la frontière de la Meuse et de la Haute-Marne.

Il ne faut pas diaboliser outre mesure les atomes radioactifs. En dehors de l’unique et fugitif instant où ils émettent leur rayon, ils se comportent comme tout autre atome. Piégés dans la matière vitreuse d’un colis, enfouis profonds sous nos pieds, ils n’auront pas davantage la tentation de remonter voir la lumière du jour qu’un atome ordinaire. S’il n’y a pas d’intervention des hommes, le seul véhicule naturel qui pourrait le permettre est l’eau.

L’argile, outre sa plasticité, a la propriété de retenir l’eau qui l’imprègne. A l’intérieur d’une structure en feuillets, l’eau se trouve captive sous forme de minces films qui n’ont pas bougé depuis la formation de ces argiles à l’époque du tertiaire ou du secondaire. Du fait de cette structure compartimentée, il n’y a pratiquement pas de circulation d’eau. Les atomes prisonniers de la structure ne se déplacent que très lentement. Les durées d’un éventuel retour des atomes enfouis vers le monde du vivant seront extrêmement longues.

Une remontée à tâtons étalée dans le temps et dans l’espace
il n’y a pas de circulation d’eau dans la couche souterraine de roches argileuses. Les atomes, prisonniers des conteneurs, ne s’y déplacent que très lentement, à tâtons et dans toutes les directions. Les atomes radioactifs se déplaceront comme des atomes ordinaires. Ils ne devraient pas bouger davantage que ceux du crâne de notre ancêtre Lucy en place depuis 2 ou 3 millions d’années. Des éventuelles remontées au sol se feraient selon des trajets très variables avec des temps d’arrivées qui s’étaleront sur des temps très longs. .
© IN2P3

Quels colis mettra-t-on dans ces centres de stockages et quand ? Les déchets MAVL pourraient être enfouis de suite. Pour les déchets de haute activité (déchets HA) c’est la chaleur initiale qu’ils dégagent qui pose plus de problèmes que leur radioactivité. Elle oblige à espacer les colis ou à attendre avant de les stocker. C’est une des raisons pour laquelle, ces centres de stockage sont encore à l’état de projets. En principe seront enfouis d’abord les colis les plus anciens. Les colis seront probablement amenés à évoluer. en fonction des améliorations résultant des recherches en cours sur le traitement et le conditionnement des déchets de haute activité,

Toutes ces questions méritent débats. Malheureusement, lors des débats entre partisans et opposants le rationnel doit faire face à des dogmatismes et certains obscurantismes. Par exemple, les opposants au projet du Centre Industriel de Stockage Géologique (CIGEO) empêchèrent, le 23 mai 2013 à Bure, la réunion inaugurale qui devait lancer un débat public national. Notons qu’il y a vingt siècles, Jules César qualifiait déjà les Gaulois d’indisciplinés et de querelleurs !  Aux États-Unis, le projet de Yucca Mountain dans le tuff du désert du Nevada fut abandonné en 2011. La proximité des tables de jeux de Las Vegas n’était pas seule en cause, les géologues critiquaient la perméabilité du tuff …

La France serait une des première à commencer la construction d’un tel site vers 2025 un tel site avec CIGEO. Seuls la Suède (2025) et la Finlande (2021) seraient aussi avancées. Dans les autres pays, si des études et projets sont en cours, les dates de construction ou d’ouverture sont beaucoup plus lointaines: 2050 pour la Belgique, 2045 pour la Suisse, 2048 pour les USA, après 2035 et 2040 pour le Canada et la Chine, 2035 pour le Japon.

Quelques questions et réponses sur la gestion des déchets les plus radioactifs, leur stockage ou leur entreposage (Vidéo de l’ANDRA)